Nous ouvrons cette série de trucs et astuces avec une recommandation que l’on rencontre souvent dans les guides de rédaction technique et qui est à première vue assez banale… mais qui n’est finalement pas si simple à appliquer : « Rédiger des phrases courtes ».

"Je vous écris une longue lettre parce que je n’ai pas le temps d’en écrire une courte."
- Blaise PASCAL

Des phrases à rallonge – et donc difficiles à lire voire parfois incompréhensibles – on en croise souvent lors de nos prestations !
En général, on compatit avec le lecteur, qui a dû s’y prendre à 3 fois pour décortiquer la phrase. Puis on compatit avec le rédacteur, qui a réussi à décourager son utilisateur ou à faire fuir son prospect.
Par contre, on ne lui jette pas la pierre : bon nombre des écueils rédactionnels relevés sont en fait directement liés à de mauvaises habitudes prises sur les bancs de l’école.

Tout d’abord qu’est-ce qu’une phrase courte ?

Attention ! on n’est pas en train de vous dire de raccourcir vos phrases à tout prix (et encore moins au prix de leur compréhensibilité !). La phrase courte a ses limites ! Prenez : « Effectuer la purge », 3 mots, difficile de faire plus court. Mais en fait, on purge quoi ? et à quelle fréquence ?

Si vous tapez « phrase courte » sur Google, vous allez tomber sur « phrase swag », « phrase mignonne », « phrases de tatouage »… si si, essayez !

Si vous creusez un peu, vous allez trouver des recommandations sur le nombre de mots préconisé… en général 25 mots, mais cela varie entre 15 et 40 mots.

Bien sûr, une phrase courte est plus intelligible qu’une phrase longue, mais se reposer simplement sur le nombre de mots serait risqué. Le fait est qu’il n’y a pas de règle générale, mais plutôt du bon sens : le nombre de mots par phrase doit être fonction du type de texte, du public auquel on s’adresse, de la situation dans laquelle le lecteur est susceptible de se trouver au moment de la lecture, etc.

Nos recommandations

Voici nos principales recos pour alléger vos phrases.
Selon le document que vous rédigez, toutes ne seront pas applicables telles quelles. Mais vous aurez quelques pistes à suivre si vous voulez éviter à votre utilisateur, votre traducteur, votre client ou votre prospect d’avoir à relire plusieurs fois votre contenu en se grattant la tête.

1 idée par phrase

Si nous n’avions qu’une recommandation à donner ce serait bien celle-ci.
Pas si évidente à appliquer quand on nous demande d’enrichir nos phrases depuis le cours élémentaire, n’est-ce pas ?! Alors, pour corriger cette mauvaise habitude, voici quelques autres conseils.

Pensez : sujet + verbe + complément

Cela permet de ne pas oublier le complément, de couper court à toute tentation d’intervertir sujet et verbe (ce qui conduit bien souvent à oublier l’accord du verbe). Et surtout, vous éviterez de noyer votre message dans flot de compléments circonstanciels (de temps, de lieu, de manière, etc.) et de propositions subordonnées.

Respectez la règle « 1 verbe par phrase »

Particulièrement utile pour les notices, les modes d’emploi ou encore les techniques opératoires, cette règle vous incitera à aller à l’essentiel. Elle vous aidera aussi à résister à l’envie de mettre plusieurs instructions dans la même phrase.

Utilisez des listes à puces

Lorsque vous avez plus de 2 éléments à énumérer, privilégiez les listes à puces. Évidemment, le document sera plus long (on reviendra sur le mythe de la page unique dans un autre post) mais il sera aussi plus aéré, plus lisible et donc plus plaisant à lire.

Évitez les mots de liaison

Cette fois encore, on a envie de mettre un zéro pointé à nos maitres d’école. On nous a tellement dit d’ajouter des mots de liaison qu’on en voit aujourd’hui partout dans nos documents professionnels, à tort et à travers ! Si vos instructions sont mentionnées dans l’ordre, il est inutile de les introduire par « en premier lieu », « ensuite », « pour terminer ». Si vous souhaitez insister sur l’ordre des actions à effectuer, numérotez-les !

Faites la chasse aux parenthèses

S’il vous reste du contenu entre parenthèses, demandez-vous ce que cela apporte à votre lecteur. Soit le contenu lui est utile et, dans ce cas, sortez-le des parenthèses ; soit il est superflu et, dans ce cas, vous devinez la suite !

La phrase trop longue : à vos risques et périls

Pour finir, on vous laisse avec quelques exemples pour illustrer tous les bienfaits de la concision.

Dans un contrat

Voici le célèbre extrait du contrat qui unissait Roger Communications et Bell Aliant (Canada).

« The agreement shall continue in force for a period of five years from the date it is made, and thereafter for successive five year terms, unless and until terminated by one year prior notice in writing by either party. »

En français :
« Cet accord prend effet à compter de la date de signature et se poursuit pour une période de cinq (5) ans à compter de la date de signature, et ensuite pour des périodes de cinq (5) ans, sauf si une des parties vient à résilier le contrat et en informe l’autre un (1) an auparavant. »

Alors que comprendre ? Que l’on peut résilier le contrat à n’importe quel moment à condition d’en informer l’autre partie 1 an au préalable ? Ou bien faut-il attendre que la première période de 5 ans soit révolue avant de donner son préavis ?

Dans l’histoire, Bell Aliant s’est reposé sur l’ambigüité pour demander la rupture du contrat de manière anticipée. Rogers Communications, qui risquait de perdre 2 millions de $, n’avait bien sûr pas la même interprétation de la clause.

Bien sûr, les journaux ont titré sur la virgule à 2 millions de $. Chez Prolipsia, on pense qu’en limitant le nombre d’informations par phrase, cette clause aurait considérablement gagné en clarté :

Une reformulation possible :

Cet accord est valable :

  • à compter de la date de signature ;
  • pour une période de cinq (5) ans.

À l’issue de cette période, l’accord sera renouvelé par périodes de cinq (5) ans.
Au cours de ces nouvelles périodes de cinq (5) ans, chaque partie pourra mettre fin à l’accord à condition de respecter un préavis d’un (1) an.


À noter qu’il s’agit d’une proposition faite par les linguistes de Prolipsia, nous ne l’avons pas soumise à l’avis d’un juriste (mais les commentaires sont les bienvenus).

Pour en savoir plus sur l’issue de ce procès qui a duré 18 mois, consultez l’article « Comma Law » de LawNow Magazine (06 mars 2014).

Dans une notice de médicament

Une notice de médicament pour enfants qui n’incite pas tellement à la prise de médicaments !

Veuillez indiquer à votre médecin ou à votre pharmacien si vous prenez ou avez pris récemment un autre médicament, même s’il s’agit d’un médicament obtenu sans ordonnance car il y a certains médicaments qui ne doivent pas être pris ensemble et d’autres qui peuvent nécessiter une modification de la dose lorsqu’ils sont pris ensemble.

Pour plus d’exemples tirés de notices de médicament et de protocoles médicaux, on vous conseille la présentation faite en 2012 par Julie lors de la Rencontre des métiers de la santé, organisée par Stéphane GAYET.

Dans un manuel d’utilisation de logiciel

Et après, on s’étonne que les utilisateurs ne lisent pas les manuels !

Lorsque le périphérique est déconnecté de l’ordinateur (suite à son extinction ou suite à un éloignement prolongé par exemple) vous pouvez le reconnecter en appuyant sur la flèche du haut lorsque vous êtes à proximité de l’ordinateur sur lequel le périphérique a été configuré.

Des questions, des remarques sur ce post ? Des exemples pour illustrer nos propos ? Des difficultés à appliquer nos recos ? Contactez-nous ! :)

Rendez-vous le mois prochain pour de nouvelles astuces rédactionnelles !